Maintenir le cap : Pourquoi l’intersaison discrète des Canadiens est un signe de progrès, et non de stagnation

Il y a deux étés, les Canadiens de Montréal étaient en pleine reconstruction, accumulant des choix au repêchage et occupant les dernières places du classement. Au printemps dernier, cette rubrique avait retracé comment ce jeune effectif avait traversé les phases de développement d’une équipe selon le modèle de Tuckman au cours de la saison 2024-2025 : formation, tensions, reformation autour de l’arrivée de Patrik Laine, normalisation, puis exécution avec la qualification pour les séries éliminatoires en tant que huitième et dernière tête de série de la Conférence Est, où ils ont été éliminés au premier tour par les Capitals de Washington.

Cette première participation aux séries éliminatoires était censée être la récompense d’années de construction patiente de l’équipe. Ce qui a suivi la saison dernière était tout autre chose : la preuve de ce à quoi ressemble une équipe lorsqu’elle a déjà trouvé ses marques.

De la normalisation à l’exécution, et le maintien de ce niveau

Les Canadiens de 2025-2026 n’ont pas eu besoin d’un stage de préparation pour réaffirmer les rôles établis l’année précédente. Avec seulement quelques renforts, notamment Noah Dobson et Zach Bolduc, l’équipe a passé la saison à consolider ses acquis plutôt qu’à les établir à partir de zéro. Le résultat : un bilan de 48-24-10, 106 points et le meilleur total de points en saison régulière du club depuis plus d’une décennie.

Plus important encore, Montréal ne s’est pas contenté de se qualifier pour les séries éliminatoires. Il a remporté des victoires. Une victoire en sept matchs, véritable partie d’échecs, face au Lightning de Tampa Bay au premier tour a été suivie d’une autre victoire éprouvante en sept matchs, contre Buffalo, propulsant les Canadiens en finale de la Conférence de l’Est pour la première fois depuis 2014[1]. Ils ont finalement été stoppés par les Hurricanes de la Caroline, futurs vainqueurs de la Coupe Stanley, en demi-finale. Ce parcours s’est construit sur les attributs mêmes que Tuckman attribue à une équipe performante : des rôles clairs, des processus fluides et un groupe fonctionnant à un niveau où il n’était plus nécessaire de réfléchir à la manière de travailler ensemble, mais uniquement à la tâche à accomplir.
(1. En 2021, les Canadiens se sont effectivement qualifiés pour la finale de la Conférence de l’Ouest, puis pour la finale de la Coupe Stanley)

Selon Marc Merulla, président et animateur principal de Team Building Montréal, cette distinction importe davantage que le résultat final.

« Se qualifier pour les séries éliminatoires prouve qu’une équipe a trouvé ses marques. Remporter plusieurs tours prouve qu’elle est performante », explique-t-il. « Les Canadiens ne se sont pas contentés de se qualifier pour les séries éliminatoires au printemps dernier. Ils y ont évolué comme une équipe hautement performante évolue en situation de crise : sans perdre son identité. »

Aller de l’avant tout en restant sur place

Chaque équipe qui n’atteint pas son objectif ultime est confrontée à la même question à la fin d’un cycle : que faut-il changer ? Pour la plupart des organisations, en particulier celles qui sont passées aussi près du but que Montréal, l’instinct est de procéder à des changements radicaux ou, à tout le moins, de modifier l’effectif. Pendant l’intersaison, dans toute la ligue, les prétendants au titre comme les équipes en reconstruction ont remanié leurs effectifs, courtisé de grands noms sur le marché des agents libres et absorbé les bouleversements qui en découlent. Du point de vue de Tuckman, cela revient à repartir de la phase de « formation ».

Montréal, en revanche, s’est montrée d’un calme presque inquiétant. Le directeur général Kent Hughes a profité de l’été pour consolider les éléments déjà en place plutôt que d’en acquérir de nouveaux : une prolongation de huit ans pour Ivan Demidov, un contrat de trois ans pour Jakub Dobes, et même le maintien de Kirby Dach pour une année supplémentaire. Les seuls départs notables ont été ceux de l’ailier de longue date Brendan Gallagher, échangé à Vancouver, et de Patrik Laine. Aucun de ces deux joueurs n’a été sollicité lors des moments décisifs de la saison dernière. Au-delà de cela, l’effectif qui a atteint la finale de conférence est, à tous égards, celui qui entamera la nouvelle saison.

L’effectif le plus jeune, un atout majeur

Ce qui rend la retenue de Montréal encore plus remarquable, c’est le groupe avec lequel le club maintient le cap. Pour la troisième saison consécutive, les Canadiens débuteront l’année en tant qu’équipe la plus jeune de la LNH en termes d’âge moyen, une particularité qui, sur le papier, devrait jouer en défaveur d’une équipe aspirant au titre. Les jeunes effectifs sont censés mettre du temps à trouver leurs marques, à commettre des erreurs, et à avoir besoin de vétérans pour les guider dans l’adversité.

Sauf que ce groupe a déjà traversé ce processus. Contrairement à la plupart des autres jeunes effectifs de la ligue (des équipes comme Chicago, Buffalo ou Vancouver, également jeunes mais moins avancées dans leur développement), les Canadiens ont passé le printemps dernier à affirmer leur identité sous la pression des séries éliminatoires, à deux reprises, lors de séries en sept matchs. Ils constituent un cas rare d’équipe qui est à la fois la plus jeune de la ligue et l’une des plus avancées dans sa courbe de développement.

Consternation, et pourquoi elle est peut-être exagérée

Il est compréhensible que les fans du CH ressentent une certaine inquiétude en voyant les rivaux de leur division et de leur conférence se renforcer de manière agressive cet été, alors que Montréal est resté pratiquement inactif. C’est une réaction naturelle. L’activité donne l’impression d’ambition, tandis que le calme est souvent confondu avec la complaisance. Mais le modèle de Tuckman nous rappelle que chaque remaniement d’effectif ailleurs sur la glace s’accompagne d’un coût caché : ces équipes, à des degrés divers, rentrent dans les phases de formation et de confrontation, intègrent de nouveaux éléments et redéfinissent les rôles, même si les noms figurant sur leur effectif semblent plus impressionnants sur le papier. Concrètement, cela se traduit généralement par quelques difficultés de démarrage au début, le temps que les rôles se consolident et que les systèmes soient assimilés. À l’inverse, les Canadiens devraient être opérationnels dès le début de la saison et devraient, de manière réaliste, pouvoir tirer parti des équipes qui en sont encore aux phases de normalisation et de tensions. Comme on dit, deux points en novembre valent autant que deux points en avril.

À l’ouverture du camp d’entraînement, il n’y aura pas de nouvelles personnalités majeures à intégrer, pas de lignes remaniées à mettre au point, pas de rôles flous à clarifier. Les habitudes, la complicité et la confiance forgées au cours de trois saisons complètes (marquées par une reconstruction, une percée et une qualification en finale de conférence) se perpétuent intactes.

« L’équipe qui change le moins après une bonne saison est généralement celle qui a le plus confiance en ce qu’elle a construit », ajoute Merulla. « Kent Hughes et son staff d’entraîneurs sont clairement convaincus de disposer déjà d’une équipe performante. La question cette année n’est pas de savoir si les Canadiens peuvent retrouver leur forme. C’est de savoir jusqu’où une équipe peut aller une fois qu’elle n’a plus besoin de le faire. »

Au-delà de la patinoire

Tout cela n’est pas propre au hockey. Chaque organisation se retrouve tôt ou tard face au même dilemme que celui des Canadiens cet été : une équipe trouve son rythme de croisière, et quelqu’un suggère quand même un remaniement, confondant mouvement et progrès. Le modèle de Tuckman a été conçu pour les salles de réunion et les équipes de projet bien avant que quiconque ne l’applique à un vestiaire, et la leçon vaut dans les deux sens. Une équipe commerciale qui vient de réaliser son meilleur trimestre, un groupe de direction qui vient de mener à bien une fusion, un service qui a enfin les bonnes personnes aux bons postes : l’envie de tout chambouler est la plus forte précisément au moment où elle se justifie le moins.

« Les dirigeants adorent avoir l’impression d’agir », explique Merulla. « Mais une équipe qui a déjà atteint son plein rendement n’a pas besoin d’un nouveau plan — elle a besoin de la discipline nécessaire pour préserver ce qui lui a permis d’en arriver là. L’intersaison des Canadiens est un cas d’école en matière de discipline : savoir faire la différence entre une équipe qui a besoin d’être reconstruite et une autre à laquelle il suffit simplement de faire confiance. »

À PROPOS DE TEAM BUILDING MONTRÉAL

Team Building Montréal est un organisme de formation bilingue agréé par Emploi-Québec qui a aidé plus de 3 000 équipes à mieux travailler ensemble depuis 1998. Nos programmes sont conçus par des formateurs pour générer des changements mesurables dans la manière dont les équipes communiquent, collaborent et se font confiance, pour des clients allant des entreprises de 20 personnes au Comité olympique canadien. Nous savons donc un peu ce qu’il faut pour que des équipes d’élite soient performantes sous pression.

Ce qui nous amène au programme qui figure en tête de notre liste de souhaits : le programme annuel de cohésion d’équipe pour les Canadiens de Montréal. Nick, Kent, Geoff, Martin, l’invitation est ouverte. En savoir plus.